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COTE D’IVOIRE: Une énième mutinerie qui cache mal un profond malaise.

 

Les mutins rejettent l'accord du Gouvernement
Les mutins rejettent l’accord du Gouvernement

Et de deux! La même année, avec seulement quelques mois d’intervalle, et encore le crépitement des armes à Bouaké, à Abidjan et dans bien d’autres villes du pays. Le tout, avec son corollaire que l’on peut aisément deviner: casses, violence, blocage des activités économiques, dégâts matériels et même pertes en vie humaine.

Après des évènements similaires en janvier dernier, on était en droit de s’attendre à une bien meilleure fortune. Mais que non!  Nos militaires, ayant visiblement pris goût au jeu du faiseur de roi qui n’a plus de limite dans ses exigences, ont remis le couvert le vendredi 12 mai 2017. Le gouvernement, incapable d’anticipation comme à ses habitudes, n’a point flairé, une fois de plus, le coup.

Doit-on vraiment s’étonner de cette bourrasque qui agite depuis un moment la vie socio-politique et économique en Côte d’Ivoire caractérisée par une grogne sociale généralisée et persistante? Objectivement, non!

Un profond malaise

Cette énième mutinerie d’une partie de l’armée, qui réclame à coups d’armes de guerre, primes et galons, cache très mal le sentiment général de déception et d’exaspération des masses populaires à l’égard des dirigeants actuels. Des dirigeants qui, enfermés dans leur bulle et surfant sur les mirages d’un pouvoir éphémère, sont incapables d’entendre les voix du peuple. Ces voix qui réclament inlassablement, depuis belle lurette, un peu d’attention et de justice sociale.

Comme les régimes précédents, celui du Président ADO a, dès le début, commis l’erreur fatale, celui de tourner le dos au peuple souverain de qui il tire sa légitimité. Le péché de ce pouvoir, c’est d’avoir renié très tôt les principes généreux sur lesquels il a été élu: la philosophie du « Vivre ensemble », la bonne gouvernance, la justice sociale, le relèvement économique du pays, la réconciliation nationale.

En effet, incapable de s’affranchir des faucons de son parti, des abonnés à la courtisanerie des palais, des affairistes et autres charlatans déguisés en conseillers, le Président Ado n’as pas pu faire mieux que ce que les Ivoiriens ont déjà vu et connu sous les régimes précédents.

De 2011, à sa prise de pouvoir jusqu’à la dernière mutinerie des soldats, le Président Ado n’a pas pu s’élever au-dessus des contingences partisanes, claniques  et d’alliance. De fait, il n’a gouverné que pour un groupe ethnique, une communauté, d’où le concept scandaleux et dangereux de « rattrapage ethnique » qui demeurera un marqueur de sa gouvernance.

 

Ado n’a pas pu faire mieux en terme de réconciliation nationale qui devrait pourtant être un chantier important de son mandat, surtout au regard de l’état de division dans lequel se trouvait le pays au sortir de la crise post-électorale. Ado a refusé d’agir en père de toute la grande famille ivoirienne, en réunissant tous les Ivoiriens quel que soit leur obédience politique. Il n’a pas réussi à baisser les tensions qui restent encore vives; il n’a pas su souder le tissu social effiloché, les liens distendus; il n’a pas pu construire une nouvelle espérance fondée sur la cohésion sociale et la solidarité.

Au contraire, dans un élan triomphateur, il a adopté la posture de chef d’un camp, celui des vainqueurs. Et, cédant aux obsessions de revanche et de vengeance des caciques et ultras de son camp, il s’est aliéné une bonne frange de la population ivoirienne.

Le Président Ado n’a pas fait mieux dans la gouvernance. Et pourtant, avec ses expériences antérieures à la fois au niveau politique et administratif, solidement acquises en tant qu’ancien premier ministre de Félix Houphouët Boigny, ancien gouverneur de la BCEAO, ancien directeur général adjoint du FMI; avec sa réputation de gestionnaire rigoureux, exemplaire et incorruptible, des atouts qui avaient séduit plus d’un lors des campagnes présidentielles de 2010, le Président Ado disposait d’arguments solides et de préjugés largement favorables, pour asseoir et inculquer une pédagogie de la bonne gouvernance, basée sur l’exemplarité et la transparence dans la gestion de l’État.

Bien au contraire, les détournements de deniers publics, la corruption, la gabegie, le népotisme, se sont multipliés. Les nominations fantaisistes, la concussion, le clientélisme, l’impunité… ont pris le dessus et souvent même dans les hautes sphères de l’appareil étatique.

Ado n’a pas non plus fait mieux en matière de justice et d’équité sociale. Le déluge de milliards promis à coups de fanfare s’est trouvé être une simple mystification et une vaste arnaque morale et intellectuelle. En dépit de quelques chiffres macroéconomiques flatteurs, capables de faire pâlir d’amertume et de jalousie les grandes puissances économiques du monde dont les taux de croissance oscillent, dans le meilleur des cas, entre 1 et 4%, les populations ivoiriennes, dans leur majorité, ont vu leurs revenus ainsi que leurs conditions générales de vie décliner au fil des années. Pendant qu’une nouvelle classe de riches émerge, se vautrant dans l’insolence et les excès d’une fortune subite et inattendue, la grande partie des Ivoiriens reste fatalement livrée à elle-même.  

La paupérisation s’est généralisée et sa courbe statistique demeure ascendante. La nouvelle école tant annoncée, tarde à voir le jour, à moins qu’elle ne résume qu’à quelques pâles couches de peinture. Le primaire et le secondaire, victimes de réformes hasardeuses et impopulaires, sont en proie à des grèves intempestives. L’université est toujours le théâtre de violence et de crises diverses. Les conditions de vie et d’études ne se sont guère améliorées. Les enseignants ne sont pas logés à une meilleure enseigne. Le système sanitaire déliquescent et malade, frappé par de multiples scandales, ne suscite plus que peur et méfiance auprès des usagers.

Le chômage est devenu extensif, surtout au niveau des jeunes diplômés. L’insécurité est endémique malgré l’autosatisfecit des dirigeants. Pire, de nouveaux fléaux, notamment celui des « microbes », ont fait leur apparition, alimentés par le désarroi et l’impuissance au sein des familles; le phénomène des « coupeurs de route« , servi par la circulation incontrôlée des armes, persiste, engendrant chaque fois de nouvelles victimes innocentes.

Les manifestations de mécontentement contre le manque d’eau potable,  les coupures intempestives d’eau et d’électricité, les augmentations injustifiées des factures d’eau et d’électricité, la diminution drastique du pouvoir d’achat, les grèves des fonctionnaires et agents de l’État…ne se comptent plus. Le scandale dit d’Agro-business, a davantage discrédité le régime tout en jetant dans les ravines de la pauvreté toutes ces familles qui voyaient en cette structure, une aubaine légitime d’avoir elles aussi part au bonheur qui semble s’éloigner chaque jour.

La fin d’un mythe

Pour la majorité des Ivoiriens, les années passent et semblent se ressembler sous le règne du Président Ouattara. En effet, après des débuts prometteurs mais malheureusement trop brefs, le pouvoir d’Abidjan n’a pas arrêté d’étaler ses contradictions et ses difficultés à conduire le pays à bon port. Les plaies ouvertes, suite à la longue crise de 2002, ne se sont pas cicatrisées; les peurs et les craintes n’ont pu se dissiper. Faute d’un processus de réconciliation inclusif et débarrassé de tout oripeau politicien, les Ivoiriens continuent encore de se regarder avec des yeux partisans et méfiants. Chez certains même, subsiste encore l’esprit de  » match retour« .

Les différentes initiatives et reformes gouvernementales entreprises pour construire et restaurer les infrastructures économiques (ponts, routes, barrage hydroélectrique…),  augmenter les salaires, sont à saluer et à encourager. Mais elles sont bien trop chétives et insuffisantes pour induire un impact sensible sur le quotidien des Ivoiriens.

À court d’idées novatrices, incapable de réformes pertinentes et viables, le régime est tombé dans le routinier et dans la politique politicienne, s’emprisonnant dans l’esquive et le mensonge que soutient une presse partisane et aux ordres.

Le « bravetchéisme » (le néologisme est de moi), sorte de philosophie du courage, de résilience à toute épreuve, de témérité et surtout de puissance, longtemps incarné par Monsieur Ouattara, s’est brisé au contact de la réalité. Le masque est tombé et le mythe a été mis à nu. Désormais, ils sont nombreux les Ivoiriens, y compris les militants du parti au pouvoir, qui soutiennent que la solution tant vantée, est devenue le problème.

En somme, par erreurs successives, le pouvoir ivoirien a créé les conditions de la défiance, de la désaffection, du désamour, de ce ras-le-bol général et dont la mutinerie de ce mois de mai, ne constitue en réalité qu’une des regrettables manifestations.
Sans s’affaler dans le pessimisme et jouer les oiseaux annonciateurs de mauvaises nouvelles, sans doute, dirigeons-nous inexorablement vers une fin de règne mouvementée et chaotique.

 

Une contribution de  Mayeul DANHOUE

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