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CHRONIQUE: «Comme une femme enceinte.» de Biton Isaïe Koulibaly

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Le titre attribué à la dernière œuvre d’Isaie Biton Koulibaly soulève de prime abord des interrogations. Pourquoi comme une femme enceinte ? Sans le pronom adverbial de comparaison, ce titre constituerait une entête ordinaire. Mais la présence de ce pronom intrigue. Comme. Qui est donc comme une femme enceinte quand surtout en littérature on peut utiliser des images, des figures dans le souci du maquillage ou de l’embélissement d’un sujet ?
On peut dire par exemple d’un homme paresseux qu’il est mou comme une femme enceinte. Ou d’un obèse qu’il est gros comme une femme enceinte. Mais, ajoutée au titre de son œuvre, sur le même paratexte, l’on voit la photo d’une fille d’un teint noir miroitant, decemment habillée. Elle porte un ensemble pagne assorti d’un foulard qui lui couvre complètement la tête, les mains sur les joues formant avec la bouche, un cœur. À la regarder, l’on pressent une femme tranquille, vertueuse. Une bague est bien perceptible sur son annulaire gauche. Aaaaah ! Une femme mariée sans doute ? Ce qui justifierait le titre. Et le cœur que forment la bouche avec les mains : présagerait-il une histoire d’amour ?
   Dès la première partie de son livre, Isaie Biton Koulibaly nous saisit avec une histoire de viol. Le lecteur est alors pris dans le piège de la curiosité, soucieux d’aller jusqu’au bout de son aventure.
En effet, Jutard Fabien Kwessi est un célèbre journaliste. Sa ligne de presse, trompero info, comme son nom l’indique, doit sa popularité à ses articles trompeurs. Jutard, notre journaliste au professionnalisme douteux, s’accouple de force avec Tou Delphine, une chrétienne engagée qui perdra sa virginité au cours de ce soir de 31 décembre sombre. Au domicile de son violeur où ce crime a été commis, Delphine à qui l’esprit de Dieu a révélée que son premier homme sera son dernier, décide d’en faire sienne la maison où elle a subi le supplice, au grand dam de son criminel de violeur qui lui fera voir de toutes les couleurs : injures, accouplements avec des filles sous ses yeux.
 Au bout de quelques semaines, Delphine la chrétienne, apprendra qu’elle est enceinte. Malgré les maltraitances du journaliste à qui elle revèlera la grossesse, elle ne cessera de lui crier : « Avant que j’accouche, on se mariera toi et moi ». Ce dernier ironisera de sa grossesse, pensant à une farce et lui disant : « tu es plutôt comme une femme enceinte » pour dire qu’elle ne l’est pas.
Dans son livre, l’auteur confronte deux mondes antagonistes à travers deux personnages. Jutard Fabien Kwessi réprésentant la face noire de nos sociétés avec tous ses vices : la corruption, le mensonge, les chantages, la prostitution ; et avec lui son patron Michel Sorobongo, un homme sans scrupule, fondateur du journal trompero-info, pour qui la dévise est toute claire quand il le dit lui-même à la page 36 : « Un bon journal doit reflèter la frustration du peuple pour que son chiffre monte et on ne fait pas un bon journal avec les bons sentiments. » Plus loin à la page 111, il dira : « Plus le mensonge est gros, plus les gens sont persuadés que c’est la vérité. » En voici par exemple des titres spectaculaires apparus à la Une de son journal : « Une belle femme accouche d’un chien »,  « Une veuve et ses enfants mangent des souris pour survivre ».
Ajouté à ces titres affabulateurs qui en rappellent certaines de nos sociétés africaines, l’auteur semble interpeller des lecteurs naîf friand de sensations fortes pour les emmener à comprendre l’univers journalistique et à calmer leur ardeur. Car dans son livre, les journalistes semblent êtres des romanciers débordant d’imagination pour le souci du lucratif plutôt que d’être des rédacteurs qui rélatent des faits réels.  Le fondateur du journal trompero-info dira ceci à la page 194, pour parler du peuple, ou encore des lecteurs : « Leur cœur est rempli de haine et ils pensent retrouver la gaieté en découvrant à travers nos écrits de merde, le bonheur qui leur manque. »
Jutard Fabien Kwessi bâtira une richesse à travers l’approche de certains ministres craignant ses articles, et pour adoucir sa plume, lui proposerons des pots de vin. Mais Biton Koulibaly dont le souci est de sermonner une société maladive, nous dira dans la morale qui ressort de ses pages, que l’argent mal acquis ne profite jamais. Et qu’avec Dieu, il n’y a pas d’échec, il n’ y a que des victoires retardées. Page269.
Oui, le deuxième Personnage mis en relief par l’auteur et qui est opposé à Jutard, c’est bien Dieu. Et à travers Lui, Delphine, sa fidèle qui arrivera au bout du neuvième mois qui constitue aussi le neuvième chapitre, à faire capituler son violeur avec la puissance Divine.
Isaie Biton Koulibaly, à travers un style simple, nous raconte une belle histoire remplie de suspens. Le roman est parsémé de plusieurs petites histoires : celle du ministre des mines qui épouse une prostituée au detriment de son épouse, celle de la chanteuse Cynthia Trésor qui veut qu’on dénigre sa concurrente dans les journaux. Le tout est dit avec ironie, hyperbole,(…) les deux figures de styles les plus utilisés, pour en faire un fabuleux nouveau né.
Neuf Chapitres, neuf mois de grossesse qui aboutiront à un dénouement heureux dans un style qui passe du tragique au pathétique avant d’aboutir au fantastique.
« Comme une femme enceinte » aurait pu très bien s’intituler aussi « Une femme pas comme les autres » ou,  tant ce livre montre les vertus de Delphine, une vraie pieuse, une croyante ferme, « Une femme comme on en trouve plus. »
Isaïe Biton Koulibaly, Comme une femme enceinte, Nei-ceda
Louis-César Bancé

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